"Je suis un 'nègre' scolaire et fier du travail que je produis" (3)

7 augustus 2013 Dirk Janssen
Foto_Jost-Hof
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Herbert Jost-Hof (Photo: Dirk Janssen)

Bonjour Herbert, comment pourrions-nous commencer cette interview?

Herbert Jost-Hof: "Ah, je trouve que c'est une chouette question. On pourrait commencer par dire que je n'ai aucun problème à ce qu'on cite mon vrai nom. C'est bien sûr utile de conserver un certain anonymat dans ce métier, mais je suis fier de ce que je fais et je ne vois pourquoi je devrais m'en cacher."

Flexibilité

Comment as-tu débuté comme "nègre" spécialisé en travaux académiques?

"En fait, j'ai reçu ma première demande de ce type il y a 25 ans de ça. J'étais fraîchement diplômé et une amie à moi souffrait d'une profonde dépression. Elle était à deux doigts d'avoir fini ses études, mais elle ne parvenait plus à avancer. Pour soulager sa peine, j'ai proposé d'écrire son mémoire. Aussitôt dit, aussitôt fait: elle a pu terminer ses études et j'ai eu le sentiment d'avoir fait une bonne action.

Cette expérience a été très instructive, je sais depuis que je possède les compétences nécessaires afin d'écrire un mémoire pour quelqu'un d'autre. Je ne pensais bien évidemment pas à l'époque que j'en ferais un jour mon métier, mais cette histoire m'a permis de faire rebondir ma carrière professionnelle au bon moment."

A quel moment précisément?

"Je suis diplômé en anthropologie culturelle, spécialisation "médias et communication". J'ai aussi opéré quelques petits sauts vers la pédagogie et la sociologie. Après mes études, j'ai travaillé pour un organisme de bienfaisance où je m'occupais des collectes de fonds et des relations publiques. C'est déjà quelque part un peu une forme de sous-traitance littéraire: j'écrivais des discours pour d'autres personnes, et quelques fois des articles aussi.

Après y avoir gravi quelques échelons, je suis devenu le directeur d'une institution culturelle dans les environs de Frankfurt-am-Main où j'organisais des évènements culturels. J'aime énormément ce secteur, je peins aussi. J'ai également été acteur à cette époque, de beaux moments.

'En tant que nègre, je n'accepte que les sujets qui m'intéressent vraiment'

C'est à partir de là que j'ai commencé à donner des cours de management dans un institut de formation, à destination de managers du secteur des soins à la personne. Mais en 2006, ma mère a commencé dépérir, à souffrir de démence. Il fallait que je me libère du temps pour pouvoir m'en occuper, que je trouve un travail que je puisse faire depuis chez moi. Un petit tour sur Google m'a fait découvrir Acad Write. J'ai postulé et je travaille avec eux depuis ce moment là."

Copier - coller

Comment es-tu certain que que tu vas pouvoir honorer correctement une commande de travail?

"C'est difficile, surtout au début. Tu as bien sûr envie de produire de la qualité. Mais je ne fais pas que ça, tout le temps. Je travaille aussi comme écrivain, chercheur et journaliste. Mon critère principal reste que je dois connaître quelque chose du sujet qu'on me propose. Par exemple, je travaille actuellement à un livre sur le mouvement "vintage" en Grande-Bretagne, avec un partenaire anglais. Si une commande pour un mémoire tombe et que le sujet présente des points communs avec le livre, je la prends. Je suis de toute façon déjà en train de lire des documents à ce sujet, et c'est la même chose pour mon travail journalistique.

Je ne peux bien évidemment pas faire du "copier - coller" entre mes travaux, puisque le journalisme est fondamentalement différent de la sciences. Mais j'ai appris à jongler avec ça, et je trouve toujours intéressant de devoir produire des contenus différents à partir d'un même sujet.

Je ne prends également que les sujets qui m'intéressent vraiment: la culture, le management, l'art et la littérature. Je veux fournir un travail de qualité et je vois chaque fois ça comme un beau défi à relever. Ça me permet de rester au courant des nouveautés et d'élargir mes horizons."

Mais tu n'en reçois pas les honneurs...

"C'est vrai, je vends mes droits sur le travail que je réalise, mais je suis payé convenablement pour ça. Ça ne me pose pas de problème, même si j'aimerais parfois recevoir plus de critiques sur mon travail. Quand je livre un mémoire, beaucoup me disent juste qu'ils apprécient mon travail. Un "merci" et c'est tout. Je n'attends pas de reconnaissance, mais ça me plairait de connaître les points où je pourrais m'améliorer."

Un monde différent

En sept années, est-ce que la culture universitaire a beaucoup changé?

"Difficile à dire. Il y a naturellement pas mal de différences avec ce que j'ai connu il y a trente ans, quand j'étais encore étudiant. Je traine souvent dans les universités, c'est là que je peux trouver de la bonne littérature. Et l'ambiance a bien changé, avec des exigences académiques revues à la baisse."

C'est-à-dire?

"Depuis quelques années, les universités allemandes proposent des cours d'allemand à des Allemands. Et j'ai pu entre temps évaluer le niveau en langue de quelques étudiants. Quand j'étais moi-même encore à l'université, il était impensable de commencer une carrière académique sans maîtriser sa propre langue.

'Dans les universités, l'ambiance a bien changé et les exigences académiques sont revues à la baisse'

Autre exemple: j'ai un vieil ami qui travaille dans l'institution où j'ai été formé, il y gère un groupe de travail. J'ai, à un moment donné, mené un projet culturel dans la même région. J'ai pensé que ça pouvait être bien d'impliquer les étudiants dans des aspects plus pratiques de leurs études. Mon ami a trouvé l'idée géniale, mais en théorie seulement. Car dans la pratique, les étudiants n'ont absolument pas le temps pour ce genre d'aventure: ils doivent terminer leurs études au plus vite, trois ans s'ils veulent devenir bachelier. Et le reste du temps, beaucoup doivent travailler pour financer tout ça. [...]

Formation des "nègres"

Tu es désormais également "médiateur" chez Acad Write. Comment ça se passe? 

"La fonction existe depuis un an, et on a dû activer ce service deux fois depuis lors. Le premier cas concernait un nouveau collègue qui avait traité un sujet de manière trop journalistique. Le client a donc reçu un nouveau travail. Le second cas est plus intéressant: le client affirmait que le travail reçu était du plagiat à plus de 90%, un taux extrêmement élevé. Après analyse, j'ai pu constater que la plainte était infondée.

Le client avait contrôlé la recherche reçue avec différents logiciels chargés de détecter le plagiat, mais ils fonctionnaient mal. En comparant automatiquement des textes entre eux, les logiciels avaient repéré des phrases similaires alors qu'il s'agissait parfois de simples d'expressions. Le rédacteur avait en fait réalisé un travail de grande qualité, en respectant les règles académiques d'usage.

Cette expérience nous a poussé à former nos nouveaux collègues en les tenant informés du fonctionnement de ces logiciels. Car il existe une zone grise entre le plagiat et une saine compréhension d'une idée. Et puis le client doit aussi bien discuter des points sensibles de sa recherche avec son promoteur, écouter ses conseils. A nos rédacteurs de les suivre afin d'éviter plus tard des problèmes. C'est pour ça que, malgré une mauvaise publicité, nous continuons à nous développer."

Retrouvez les deux premières parties de notre enquête sur les "nègres" scolaires via les liens suivants:

LEES OOK